Hommage à Tony Gatlif : notre Grand Prix devient le GRAND PRIX TONY GATLIF
Tony Gatlif, réalisateur passionné à l’œuvre vibrante s’en est allé en septembre dernier.
Il allait avoir 78 ans et travaillait sur plusieurs projets de films. Il a été notre compagnon de route et adorait Cinébanlieue. Peut-être parce que comme lui nous consacrons notre énergie à mettre en lumière la jeunesse. Tony est venu présenter son premier film sorti en salles Les Princes co-écrit avec Marie-Hélène Rudel et tourné à Saint-Denis au début des années 80, puis Gadjo Dilo et Vengo mais également Géronimo l’histoire d’une éducatrice qui s’occupe des gamins des rues dans le sud de la France. Pour ce film il était entouré de toute l’équipe du film, mêlant des comédiens amateurs et reconnus. Une année mémorable où Tony a été président de notre jury de court-métrage.
Né en 1948 à Alger, d’un père algérien et d’une mère gitane, Boualem Dahmani connaît la violence et l’errance après son départ d’Algérie. Lors d’un contrôle de police, à l’âge de 12 ans, il change de nom pour éviter d’être renvoyé dans son pays d’origine. Il prend alors celui de Gatlif qui désigne un parc d’Alger. Le prénom Tony est un hommage à Jean Renoir et à son film du même nom qu’il découvrit grâce à son instituteur.
De cette enfance méditerranéenne, de l’exil et des rencontres, il fera la matière d’une œuvre profondément libre, traversée par la musique et la joie, les cultures et les histoires de celles et ceux qui vivent en marge.
De 1975 à 2025, Tony Gatlif aura réalisé 25 films et marqué le cinéma de l’acuité de son regard singulier, sensible, profondément humain. Depuis Les Princes jusqu’à Ange son dernier film, il recevra une vingtaine de récompenses dont le Prix Un Certain Regard à Cannes pour Latcho Drom en 1993 et le Léopard d’Argent à Locarno pour Gadjo Dilo en 1997. Il est nommé 5 fois au César et reçoit deux César de la Musique pour Gadjo Dilo puis Vengo en 2001. Le Prix de la Mise en Scène lui est attribué au Festival de Cannes pour Exils en 2004, un film où il retrouve Romain Duris, découvre Lubna Azabal et imagine la musique avec la complicité de sa productrice Delphine Mantoulet et Valentin Dahmani.
Il reconnaitra les siens dans le peuple rom à qui il rendra justice à travers ses films, notamment Liberté qui dénonce le génocide et l’internement des Tsiganes en France sous le régime de Vichy et l’Occupation pendant la Seconde Guerre mondiale.
Sa disparition laisse une œuvre immense et généreuse où résonne une voix unique dans le cinéma français et international.
Soutien permanent de l’aventure Cinébanlieue, Tony était toujours volontaire pour présenter ses films, ravi d’échanger avec les spectateurs, passionné et passionnant, nous réjouissant tous de sa présence avec son phrasé impétueux, avec cette manière unique de faire voler les phrases dans l’enthousiasme de l’échange. Il a été aussi un formidable Président de Jury de notre compétition de court-métrages. Il avait défendu avec enthousiasme, entraînant l’ensemble du jury dans son sillage, le film TWE de Itvan Kebadian, un court autoproduit et touché par la grâce, oscillant entre le documentaire et la fiction, qui suit un crew de graffeurs dans leurs pérégrinations transgressives et nocturnes. Son humanisme, sa liberté absolue, son refus de la violence et de l’injustice, son amour des animaux, des arbres et du vent, sa clairvoyance politique et son talent immense continueront de nous accompagner. Une grande âme ne nous quitte pas, elle reste toujours à nos côtés et sa présence nous importe plus que jamais dans ces temps difficiles. C’est pourquoi nous avons décidé de nommer le Grand Prix de notre festival le Grand Prix Tony Gatlif. Afin que pour tous les jeunes réalisateurs autodidactes que ce prix récompensera à l’avenir, il devienne aussi pour eux un compagnon de route dans leur chemin de vie et de cinéma.
