Programme de l'édition 2016

 
 

Bande-annonce 2016 - 11e Édition

 

 

Le programme

Seine-Saint-Denis 93 - fev. 2016


 

 

 Reda Kateb : « J’aime bien l’idée de périphérie »

 

NUMÉRO 47 - FÉVRIER 2016

Il est aussi à l’aise dans le rôle d’un Monsieur Tout-le-monde que dans celui d’un petit caïd de cité. A 38 ans, après une carrière éclose sur le tard, Reda Kateb n’en finit plus de tourner : il vient de retrouver son vieux complice d’ « Engrenages », Gilles Bannier, dans « Arrêtez-moi là » et sera bientôt l’affiche des « Beaux Jours d’Aranjuez » de Wenders et de « Mon nom à Pigalle », le premier long-métrage du groupe de rap La Rumeur. Originaire d’Ivry et habitant Montreuil, Reda Kateb n’en oublie pas pour autant de rendre ce qu’il a reçu : il est ainsi parrain du festival Cinébanlieue qui a pour but de faire émerger de jeunes talents des quartiers populaires. Interview.

 

Vous êtes depuis trois ans le parrain du festival Cinébanlieue, organisé en Seine-Saint-Denis, à Aubervilliers et à Saint-Denis. Qu’est-ce qui fait votre attachement à ce festival ?
« Ce que j’aime dans ce festival, c’est l’idée que le cinéma puisse être un outil démocratique. Ce n’est pas qu’un lieu de diffusion de films, c’est aussi un lieu de création. Chaque année, Aurélie Cardin, la directrice du festival, et son équipe donnent à des jeunes la possibilité de saisir leur chance, de raconter l’histoire qu’ils ont en tête. Savoir qu’on peut tout de même accéder au monde du cinéma qui paraît parfois hors d’atteinte, c’est important. Il faut lutter contre ce sentiment d’autocensure qui veut que parce qu’on n’est pas « fils de », ou parce qu’on n’a pas fait la Femis, on ne pourra pas avoir sa chance. »

Et pour vous, qu’est-ce qu’un bon film de banlieue ? Un film qui dépasse les clichés traditionnels sur les quartiers, qui donne à voir une réalité sociale complexe ?
« Oui évidemment. La banlieue, c’est un terme très générique, très galvaudé, qui trimballe derrière lui un tas de clichés. La banlieue, c’est aussi une génération, dont je fais partie, qui a des rêves ou qui a eu des rêves et qui n’a pas toujours eu les moyens de les réaliser. Après, la banlieue, c’est aussi une richesse. En gros, parfois, c’est une épine dans le pied, parfois c’est une chance parce qu’on y voit plus de choses. Moi par exemple, j’ai fait le choix de rester à la périphérie parce que j’aime cette idée d’avoir un pas de recul. »

Est-ce qu’à un moment donné de votre carrière, vous avez eu peur d’être cantonné aux rôles de voyou ou de jeune de banlieue ?
« Peur je ne sais pas, mais c’est vrai qu’il y a eu une période, juste après « Engrenages » et « Un Prophète », où je recevais beaucoup de rôles de bad-boys, de gangsters. Or, je n’ai jamais eu l’envie d’en faire un fonds de commerce. Donc j’ai laissé le temps à ce que d’autres choses arrivent et j’ai eu de la chance, elles sont arrivées. »

Au départ, vous venez du théâtre. Vous êtes arrivé tard au cinéma. Est-ce que finalement cette percée sur le tard a été une chance, au sens où elle a enrichi votre jeu ?
« Oui, on peut voir ça comme ça. C’est vrai qu’à mes débuts, je n’ai pas vécu un immense succès personnel sur un film et je pense que ça m’a pas mal protégé. Le succès ne m’est pas tombé dessus à un moment où j’étais encore jeune et où du coup mon identité aurait encore été fragile. »

Vous avez une palette de jeu très large. Comment choisissez-vous vos rôles ? Par exemple, qu’est-ce qui vous a plu dans le rôle du chauffeur de taxi accusé à tort d’avoir enlevé un enfant, que vous jouez dans « Arrêtez-moi là » ?
« J’ai bien aimé le côté homme de tous les jours. Ce chauffeur, c’est quelqu’un qui cherche juste à vivre sa vie et qui la vit d’ailleurs de manière noble. Et puis, j’ai été sensible à la poésie, à la douceur du personnage, à son rapport avec son chat. De manière générale, j’aime bien ce type de cinéma qui héroïse les gens simples. Un autre aspect intéressant, c’est qu’on a affaire à un homme qui est à la fois acteur et spectateur de sa propre vie. Il est tellement dans l’innocence qu’il est persuadé que son honnêteté va finir par apparaître de manière évidente à tout le monde alors que ce n’est pas le cas. »

Et dans le personnage de « Mon nom à Pigalle », le film de La Rumeur qui sortira bientôt en salles ?
« J’y joue un personnage de voyou qui se déchire avec son frère pour un cabaret à Pigalle. C’est un film qui me tenait vraiment à cœur. Avec Hamé et Ekoué (les deux membres du groupe La Rumeur), on avait déjà fait un court-métrage pour Canal +, qui s’appelait « De l’encre ». J’aime vraiment leur façon d’écrire. C’est à la fois un film qui joue avec les clichés qui peuvent entourer les voyous mais aussi qui les montre de manière complexe, comme une génération qui a eu des accidents de parcours, qui ne manque pas de talents, mais juste des codes pour les exprimer. »

Récemment, vous avez aussi tourné votre propre court-métrage, « Pitchoune ». L’histoire de deux frères qui, pour gagner leur vie, organisent des halte-garderies sur des salons commerciaux. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
« Tout simplement parce que j’ai aussi fait ça dans ma jeunesse. Ce film, c’est un peu un flashback dans ma vie, à l’exception de cette histoire de frères. J’avais envie d’un truc tragi-comique, un peu dérisoire. Je me suis revu 15 ans en arrière, quand je prenais ma pause clope sur ce genre de salons et que j’oubliais moi-même mon costume de clown ou de cow-boy. Les gens me regardaient alors avec ce regard à la fois compatissant et moqueur. Je voulais restituer cette ironie légère, d’un type qui fait le clown dans un salon où les gens sont venus voir des camping-cars. »

Votre père déjà était acteur de théâtre. Pourquoi avez-vous voulu devenir comédien, par envie de liberté, par contexte familial ?
« C’est assez simple, je voulais être acteur parce que j’adore me déguiser et que c’est génial de faire un métier dans lequel on peut s’amuser. Dans le déguisement, ce qui est intéressant, c’est que parfois on s’éloigne de soi et parfois, le déguisement vous permet d’être encore plus près de vous que dans la vie réelle. Après oui, c’est mon père qui m’a transmis cette passion du théâtre, mais sans me pousser à quoi que ce soit. J’ai grandi là-dedans, je voyais mon père monter sur scène, les coulisses, la vie de tournée, et je me suis dit que c’est ce que je voulais faire… »

Vous êtes aussi le petit-neveu de l’écrivain algérien Kateb Yacine, auteur notamment de « Nedjma ». Est-ce que vous l’avez connu ?
« Non, je ne l’ai pas connu. J’ai un souvenir de ce qu’on m’a raconté et ensuite, je l’ai véritablement rencontré à travers ses œuvres. C’est même les tout premiers spectacles que j’ai montés et pour moi, cela a été fondateur. Il écrivait essentiellement en français, sauf les pièces de la fin de sa vie qui sont en arabe dialectal ou dans des langues berbères comme l’amazigh. Il faisait vraiment sonner la langue française qu’il considérait comme « le butin de guerre » de la guerre d’indépendance pour les Algériens. Je pense d’ailleurs que s’approprier la langue française, enrichir sans cesse son vocabulaire, c’est quelque chose qui manque à notre génération. Certains voudraient nous faire croire qu’on est juste locataire de cette langue alors que c’est à nous et qu’il faut le montrer. Le langage, c’est vraiment une manière de trouver sa place dans le monde. »

Cela rejoint les thématiques d’accès à la culture. Les politiques publiques devraient-elles faire plus pour rendre l’éducation et la culture accessibles dès le plus jeune âge ?
« Je ne sais pas, c’est compliqué de résumer ces choses-là en deux phrases. Je pense que les problèmes d’accès se situent ailleurs que dans le fait d’avoir une bibliothèque à côté de chez soi ou de pouvoir aller au théâtre pour pas cher. L’appétit pour la culture, il faut quelqu’un qui vous le communique et ce quelqu’un, vous ne l’avez pas toujours. Moi, outre mon père, j’ai aussi eu la chance de faire des rencontres qui m’ont ouvert des portes : des profs que j’ai pu avoir au lycée ou des acteurs plus âgés que moi et qui sont encore des amis aujourd’hui. »

Propos recueillis par Christophe Lehousse

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