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Bande-annonce 2016 - 11e Édition

 

 

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Seine-Saint-Denis 93 - mars 2016

Seine-Saint-Denis 93 - mars 2016

 

 

 Maïmouna Doucouré, Fenêtre sur court

 

NUMÉRO 48 - MARS 2016

Primée au festival américain de Sundance pour son court-métrage « Maman(s) », un film fort et sincère sur la polygamie vue à hauteur d’enfant, cette jeune femme de 30 ans avait aussi reçu en novembre dernier le Grand prix du festival Cinébanlieue, basé à Aubervilliers et Saint-Denis. Attention, talent à suivre !

 

Elle est encore un peu là-bas, à Sundance, dans ce festival américain, l’un des plus gros au monde, où elle a reçu le prix du meilleur court-métrage international de fiction pour « Maman(s) ». « Tout est allé tellement vite, j’ai rien compris. Mais attention, je reste quand même sur terre, hein ! », dit-elle dans un éclat de rire. Toronto, Louvain, le BFI de Londres et donc Sundance : on avait rarement vu pareil Grand Chelem pour ce qui est seulement un deuxième court-métrage.

A cela s’ajoute le Grand Prix du festival Cinébanlieue d’Aubervilliers/Saint-Denis que la jeune femme, habitante du XIXe arrondissement, avait reçu en novembre dernier. « Ca m’avait beaucoup touchée, car c’est le genre de festival qui donne vraiment la parole aux jeunes talents des quartiers populaires. Et le cinéma français a cruellement besoin de ça ! », explique celle qui avait aussi bénéficié pour « Maman(s) » du dispositif Talents en Court, mis en place par le CNC et le Comedy Club.

A l’arrivée, on a un court-métrage sobre et poignant, donnant à voir les réactions de la petite Aida face à la polygamie de son père. Un sujet exigeant, très peu traité au cinéma, et abordé avec beaucoup de justesse par la jeune réalisatrice. « Je n’ai pas été chercher bien loin dans la mesure où j’ai moi-même grandi dans une famille polygame. Mais plutôt que de faire un film à message, je voulais avant tout montrer la souffrance des enfants dans un drame familial, quel qu’il soit. », explique-t-elle avec pudeur.

L’enfance est d’ailleurs un thème récurrent chez Maïmouna Doucouré. Déjà dans « Cache-cache », son premier court-métrage, sorti en 2013, elle mettait en scène une joyeuse bande de gamins vivant et jouant dans la Cité Ourcq, le quartier où la jeune Franco-Sénégalaise a grandi. « J’aime bien filmer l’enfance, en montrer la poésie et les bonheurs innocents, mais aussi les traumas et les douleurs. Car c’est là que tout se construit. En ce sens, les parents et la société sont responsables de demain parce que des blessures d’enfance peuvent avoir des répercussions par la suite. »

Rien de tel chez Maïmouna Doucouré, à moins que ce ne soit précisément de ses failles intimes qu’elle tire aujourd’hui sa créativité. « J’ai sans doute eu une enfance différente des enfances classiques, mais j’ai été très heureuse. Une chose est sûre, je n’ai jamais connu l’ennui », dit-elle. Elle évoque sa mère, commerçante, et ses frères, sur lesquels elle a pu compter pour ses premières initiations cinématographiques.
« Avec mes frères, j’ai regardé de tout. Beaucoup de films de genre, ça a aiguisé mon appétit de cinéma », se souvient Maïmouna. Aujourd’hui, ses goûts la porteraient plutôt vers Alejandro Inarritu, François Truffaut ou encore Asghar Farhadi, réalisateur iranien, auteur notamment d’ « Une séparation ». « Chaque fois qu’on parle cinéma, mon producteur (le Bordelais « Zangro », fondateur de Bien ou Bien Productions) se moque de moi. Il me dit que j’aime le cinéma avare en paroles, limite Bergman, et que si ça continue, je vais finir par faire du cinéma muet à force d’économiser les dialogues. »

Et de fait, les goûts de Maïmouna se reflète bien dans ses propres œuvres. Dans « Maman(s) », les silences de la petite Aida, remarquablement interprétée par Sokhna Diallo, en disent souvent plus long que toute une tartine de commentaires. « Je préfère toujours montrer plutôt que dire », commente sobrement celle qui est d’abord passée par une formation d’actrice – la compagnie théâtrale Tellem Chao - avant de passer de l’autre côté de la caméra.

La réalisation, elle n’y est en effet pas venue via une école de cinéma, mais à la faveur d’un concours. « J’ai toujours écrit pour moi, sans savoir précisément ce que j’allais faire de ces histoires. En 2013, une amie a attiré mon attention sur le concours « HLM sur Court » (organisé par l’Union sociale pour l’habitat). J’ai envoyé un scénario et deux jours plus tard, on m’a dit que j’étais prise, j’avais 3 mois pour réaliser mon idée. » Un épisode qui donnera « Cache-cache » et qui marquera le début de l’aventure.

Aujourd’hui, après un tourbillon de festivals qui ont mis les producteurs à ses pieds, Maïmouna aimerait transformer l’essai. La jeune réalisatrice a déjà une idée de long-métrage en tête. Là encore sur l’enfance. Sa double culture pourrait-elle lui inspirer un film ? Pas nécessairement. « Bien sûr, c’est constitutif de ce que je suis aujourd’hui, mais ça n’est pas à proprement parler un sujet pour moi. »

En tout cas, on peut compter sur des gens comme Maïmouna Doucouré pour faire souffler un vent de fraîcheur dans la production française. « Il est temps que le cinéma s’ouvre à davantage de diversité, en termes d’acteurs comme de sujets. Citez-moi un seul acteur noir français connu à part Omar Sy... », s’insurge-t-elle. On a beau jouer les avocats du diable et invoquer l’exemple d’Aïssa Maïga, on n’est soi-même pas franchement convaincu.

Lancée dans sa démonstration, la Franco-Sénégalaise ne s’arrête pas là. Et de citer le manque de moyens et l’autocensure comme principaux freins à une plus grande diversité sur le grand écran. « A force de manquer de référents, ce n’est pas étonnant que les jeunes issus de l’immigration s’interdisent d’y croire. Et puis, y en a marre de ces rôles clichés pour les minorités. Il y a des médecins noirs ou des avocats asiatiques dans la société française, alors, pourquoi en voit-on si peu à l’écran ? ». Sous son calme apparent et ses yeux de velours, la jeune femme sait dire les choses assez directement.

Consciente de vivre un rêve éveillé, se voyant couronnée de festival en festival, la cinéaste a toutefois hâte de replonger dans la réalité de son métier. « L’effort solitaire de la création, les débats avec mon producteur et ensuite l’ambiance des sets, ça me manque. Vivement le prochain tournage, j’ai déjà hâte. » Pas de doute, Maïmouna Doucouré est une jeune femme qui sait ce qu’elle veut.

Christophe Lehousse

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